Haïti ravagé par un violent séisme : comment mieux prévenir le risque sismique ?

Le puissant tremblement de terre, de magnitude 7 sur l'échelle de Richter, qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010, a ravagé la capitale surpeuplée de Port-au-Prince, rayant de la carte une partie de la ville et provoquant des dizaines de milliers de morts. Les dégâts matériels dans l'île sont indescriptibles : 20% des bâtiments de Port-au-Prince seraient détruits et de nombreux bâtiments publics se sont effondrés. Le Palais national, ainsi que de nombreux ministères sont à terre, tout comme le Palais de justice et la cathédrale de Port-au-Prince, ainsi que les écoles, les hôpitaux… Le bilan définitif n'est pas encore établi mais on s'achemine déjà vers plus de 150 000 morts, « une quantité énorme de blessés graves », comme le rapporte la Croix-Rouge, et près de trois millions de personnes directement affectées par le séisme.

 

 

Le risque sismique : une épée de Damoclès au-dessus d'Haïti

Or cette tragédie ne doit pas être perçue par les populations haïtiennes, ni par les médias étrangers comme une fatalité car le risque sismique de cette île des Caraïbes était bien connu : l'île d'Haiti est située dans une zone à haut risque de tremblement de terre et sa capitale Port-au-Prince est elle-même construite sur une grande faille sismique, qui avait déjà été détruite par deux fois au XVIIIe siècle. Si la prédiction est impossible en matière de sismologie, la mise sous tension du sous-sol depuis des années de l'île pouvait laisser prévoir un tremblement de terre de grande ampleur.

Cette catastrophe majeure confirme malheureusement qu'il est toujours aussi difficile d’engager des actions efficaces de prévention avant qu'un séisme n’ait lieu, surtout dans un pays à la dérive comme Haïti totalement ravagé par la pauvreté.
 

Comment prévenir le risque sismique ?

Les connaissances sur le risque sismique dans l'île caribéenne sont suffisantes pour élaborer une vraie politique de prévention du risque de manière à, à la fois mieux préparer les populations d'Haïti et à pouvoir réagir dès les premières secousses ; et dans un second temps anticiper davantage les effets qu’un séisme majeur pourrait provoquer sur le bâti. Rappelons qu'en cas de secousse tellurique, les victimes sont tuées principalement par l’écroulement des bâtiments, et dans certains cas par des mouvements de terrain déclenchés par le séisme. Pour limiter l'impact d'un séisme sur la population, la première mesure indispensable est donc d’apprendre à construire des édifices qui ne s’effondrent pas ou pas trop vite (permettant aux personnes de quitter le bâtiment après la première secousse), tout en renforçant les constructions déjà existantes.

Cette catastrophe vient donc nous rappeler l'importance cruciale dans les pays soumis au risque sismique, de mettre en place de véritables politiques publiques de prévention pour répondre à un aléa qui peut s'avérer, comme à Haïti, particulièrement meurtrier.  Au delà de l’application des règles de construction parasismique et la mise en place de plans de prévention des risques, une politique efficace de prévention du risque sismique repose aussi sur une information dynamique des citoyens, dès l'école, pour sensibiliser l'ensemble de la population au risque et leur enseigner les bons réflexes à adopter en cas de séisme.

Quel risque sismique en France ?

La France, elle aussi, est susceptible d'être un jour frappée par un tremblement de terre. Or malheureusement, hormis les habitants d'Outre-mer, la culture du risque sismique n'y est pas très développée . La majorité de la population ignore en effet ce risque car elle ne se sent pas directement concernés par un risque pourtant non négligeable sur notre territoire. Peu de gens savent par exemple que la France métropolitaine a connu 8 séismes d’intensité supérieure ou égale à 6 depuis 20 ans (2010). Une cartographie du risque sismique de la France a d'ailleurs été mise en place, à travers un zonage sismique de la France, établi selon les caractéristiques sismiques comme la fréquence et l'intensité des séismes dans chaque zone.

La carte de l'aléa sismique en France montre qu'avec les Antilles,  37 départements sont particulièrement concernés par le risque de séisme en France et principalement les Pyrénées, les Alpes, la Côte d’Azur et l’Alsace.

 

 

Un Plan séisme National

Pour mieux répondre aux enjeux posés sur son territoire par ce risque majeur, la France a mis en place depuis 2005 un programme national de prévention du risque sismique :  Plan séisme. C'est un programme interministériel piloté par le Ministère du Développement durable, et incluant les Ministères chargés de l’Intérieur, du Logement, de la Recherche, de la Défense et de l’Outre-mer. Le principal objectif de ce Plan est de réduire la vulnérabilité de la France face aux séismes en développant une réelle prise de conscience et une culture du risque auprès des citoyens, tout en favorisant la mise en place de mesures parasismiques dans toutes les constructions.

Ce programme national de prévention du risque sismique se décline en quatre thématiques principales, elles-mêmes subdivisées en ateliers et en actions :
- 1 : Approfondir la connaissance scientifique de l’aléa, du risque et mieux informer sur celui-ci ;
- 2 : Améliorer la prise en compte du risque sismique dans la construction ;
- 3 : Concerter, coopérer et communiquer entre tous les acteurs du risque ;
- 4 : Contribuer à la prévention du risque de tsunami.  

 
Un plan séisme spécifique pour les Antilles françaises

Comme la majorité  des îles caribéennes, les Antilles françaises sont soumises à un aléa sismique fort. Les deux plus importants séismes connus en France ont d'ailleurs eu lieu aux Antilles : en 1839 en Martinique et en 1843 en Guadeloupe. Comme par le passé, des séismes majeurs, à l'instar de celui qui a frappé Haïti, peuvent s'y reproduire.
C'est pourquoi, devant ces enjeux, le Gouvernement français a fait de la prévention du risque sismique aux Antilles une priorité. Ainsi, en complément des actions de sensibilisation de la population et de qualité de la construction neuve, déjà engagées depuis 2005 et sur lesquelles repose le Plan national de prévention du risque sismique, le Gouvernement a souhaité mettre en place des mesures complémentaires ayant un impact fort sur la sauvegarde des populations, à travers le Plan Séisme Antilles.

« Les mesures de la première phase du Plan Séisme Antilles concernent le renforcement du bâti existant. Les travaux prévus au titre de cette phase sont estimés à 343 M€, pour lesquels un financement est prévu par l’Etat et ses opérateurs à hauteur d’environ 73%. Par ailleurs l’Etat proposera à ses partenaires locaux de mobiliser à hauteur de 18% les fonds européens Feder »  expliquait en janvier 2007 Nelly Olin, en présentant, en conseils des ministres, les grandes lignes du Plan Séisme Antilles. « Ces financements seront consacrés au renforcement de plusieurs dizaines de bâtiments scolaires, de plus de 1000 logements collectifs, des infrastructures de gestion de crise, et des moyens de communication » annonçait le Ministre du Développement Durable.

Quelles leçons tirer du séisme d'Haïti pour l'avenir ?

Il faut tirer les leçons du drame d'Haïti car s'il est impossible de prévoir un séisme il est toujours possible de s'y préparer pour en limiter les impacts. Des milliers de morts auraient sans doute pu être évités à Port-au-Prince, si Haïti avait eu les moyens politiques et financiers d'engager une véritable campagne de réduction des risques et de sensibilisation de ses populations. Ce même tremblement de terre dans un pays préparé à y répondre aurait engendré infiniment moins de victimes et de dégâts.
Quand un pays, comme la France, est situé dans une zone sismique, il est du devoir des autorités d'engager des mesures, parfois simples, pour réduire l'impact du tremblement de terre sur ses populations en les sensibilisant à la culture du risque sismique, et en incitant la mise en place systématique de constructions parasismiques.