Les conséquences d’une crue majeure en région parisienne

L'EPTB Seine Grands Lacs, l’Etat, et le Conseil régional d’Ile-de-France ont commandé à l’OCDE une étude portant sur les conséquences d’une crue centennale pour l’Ile-de-France et sur l’efficience des politiques de gestion de ce risque. Selon cette étude, une crue de cette ampleur aurait des conséquences dommageables en terme d’enjeux humains, économiques et sociaux et les acteurs de la prévention devraient accentuer et harmoniser leurs efforts d’anticipation.

 

 

Que se passerait-il si la région parisienne était inondée ?

- Une catastrophe historique

Janvier 1910. La Seine atteint 8,65 mètres, 20 000 logements sont inondés, la moitié des lignes de métro est fermée pendant plus de 2 mois.

 © EPTB Seine Grands Lacs

Une crue de même ampleur pourrait affecter près de 5 millions d’habitants de l’Ile-de-France, provoquant jusqu’à 30 milliards de dommages directs. L’événement affecterait l’accès à l’eau potable de millions de franciliens, et environ 1 500 000 logements subiraient des coupures d’électricité. Près de 435 000 logements construits en zone inondable seraient menacés de submersion, soit 8% de l’habitat régional. 140 km de lignes de métro seraient fermées et le réseau routier bloqué en de nombreux points. Un tel événement pourrait également perturber le fonctionnement de l’Etat et  des institutions, et mettre hors d’usage une bonne partie des infrastructures et des réseaux  indispensables à la vie d’une métropole moderne.  La réduction de l’activité résultant de l’inondation affecterait l’emploi de 400 000 personnes. Selon l’OCDE, les dysfonctionnements et la désorganisation de l’activité économique pourrait coûter de 0,1% à 3% du PIB français en cumulé sur 5 ans, ce qui pourrait entrainer une récession économique. 

 

- Une crue majeure se produira tôt ou tard

Non seulement le retour d’une crue centennale comparable à celle de 1910 est certain, mais des exemples récents – par exemple en Thaïlande, en Australie et en Allemagne en 2013 – démontrent que le niveau d’une crue centennale peut même être dépassé, comme c’est le cas lors d’une crue dite millénale. Ces événements ont démontré leur impact ravageur sur les activités urbaines, le bien-être des populations et le fonctionnement de l’économie.

 

- Si Paris est relativement protégé, la banlieue reste vulnérable

De nombreux travaux de protection ont pourtant été réalisés, notamment la construction des 4 grands lacs-réservoirs gérés par l'EPTB Seine Grands Lacs - qui permettent de dériver et de stocker provisoirement 800 millions de m3 d’eau en amont de l’agglomération pour limiter la montée des eaux.

Dans le même temps cependant, l’exposition des biens et des personnes au risque s’est considérablement accrue en un siècle du fait de l’urbanisation croissante du territoire, de la multiplication des réseaux, du rôle maintenant essentiel de la mobilité des personnes et des échanges. Par ailleurs, les efforts d’investissement pour protéger le bassin ont diminué depuis 20 ans alors même que l’agrandissement de l’agglomération parisienne a entraîné  la multiplication des constructions en zones inondables et la concentration d’infrastructures sensibles - transport, énergie, eau, communication - le long du fleuve.

Paris est relativement protégé – à l’exception des 7ème,  12ème, et 15ème arrondissements – les protections développées étant théoriquement capables de protéger la capitale. Cependant, le reste de l’agglomération est beaucoup plus vulnérable, en particulier le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine. « Il semblerait que les protections réalisées ne soient pas aux standards d’autres pays de l’OCDE comparables à la France » selon les auteurs de l’étude.

 

Mieux gérer la prévention, diminuer la vulnérabilité, et améliorer la protection

- Améliorer la gouvernance

La gestion du risque inondation est actuellement disséminée entre une multitude d’acteurs : plusieurs ministères, la Région Ile-de-France, les départements, les municipalités, l’Agence de l’eau, l’EPTB. « La fragmentation institutionnelle de l’Ile-de-France revêt de multiples dimensions et a été dans la passé un frein pour l’action » selon les auteurs du rapport. Cet éparpillement des prérogatives entraîne une dispersion de la gouvernance et des actions insuffisamment concertées et cohérentes. Selon l’OCDE,  « l’absence d’une vision d’ensemble autour de ce risque – contrairement à d’autres grands fleuves français tels que la Loire ou le Rhône – révèle un déficit de gouvernance au vu des enjeux concernés ». Une gouvernance appropriée de la prévention du risque est nécessaire pour faire émerger une vision partagée et assurer l’articulation entre les différentes échelles de la prévention. Le Grand Paris, par exemple, pourrait permettre de gérer le risque à l’échelle de l’agglomération.

 

- Une politique d’urbanisation responsable au regard de ce risque

1.500 hectares ont été urbanisés en zone inondable depuis 20 ans. La réduction de la vulnérabilité du territoire au risque inondation passe par la prise en compte du risque dans les stratégies de développement urbain et l’occupation des sols ;  l’adaptation du  bâti existant à ce risque, l’intégration de la possibilité d’une crue dans la conception des nouvelles constructions ; la réalisation d’infrastructures résilientes.

 

- Renforcer la résilience des infrastructures et des réseaux

Selon l’OCDE, les acteurs économiques ne sont pas suffisamment préparés à la survenue de l’aléa. Certains services publics, comme la RATP et la SNCF, ont mis en place des plans de continuité de l’activité en cas d’inondation. Mais ces initiatives sont encore trop limitées et isolées. De nombreuses entreprises restent globalement vulnérables et se sont peu préparées à affronter une inondation.

 

- Développer la culture du risque

Les franciliens ne sont pas conscients du risque, d’une part car aucune crue de grande ampleur ne s’est produite depuis 60 ans ; d’autre part car l’action des 4 lacs-réservoirs de l'EPTB Seine Grands Lacs a permis de gérer les crues de moindre ampleur qui se sont produites depuis. Cependant, les décideurs et les citoyens ne développeront pas de culture du risque sans actions de sensibilisation pertinentes à l’échelle requise.

 

- Améliorer la protection

Selon l’OCDE, il faudrait développer la protection des biens et des personnes dans un cadre de planification à long terme. Les experts de l’OCDE jugent intéressant à cet égard le projet de construction par l'EPTB Seine Grands Lacs d’une retenue à La Bassée. Ce 5ème ouvrage permettrait de pomper l’eau de la Seine pour la stocker dans des bassins en cas de montée des eaux. Cet aménagement étant prévu à la confluence de la Seine et de  l’Yonne, son action permettrait  d’éviter la concomitance des crues de ces 2 cours d’eau – facteur de crue majeure - et de limiter ainsi la montée des eaux dans l’agglomération parisienne.

 

Secteur de La Bassée © EPTB Seine Grands Lacs

 

Pour en savoir plus

Qu’est-ce qu’une crue centennale ?

Une crue centennale est une crue d’une importance telle qu’elle ne survient en moyenne qu’une fois tous les siècles. Cela ne veut pas dire qu’une crue de cette ampleur se produira forcément tous les cent ans.  Il peut s’écouler plus de 100 ans sans qu’il y ait une crue centennale et il peut se produire plusieurs crues centennales en un siècle. Cette notion est statistiquement valable sur une longue période (il y aura par exemple 10 crues centennales tous les 1 000 ans).

 

Les principaux acteurs de la gestion du risque crue

  • Le ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie (MEDDE) et ses structures déconcentrées en Île-de-France
  • Le ministère de l’Intérieur et sa Préfecture de Police
  • La Région Île-de-France
  • Les municipalités et collectivités locales  franciliennes
  • L'EPTB Seine Grands Lacs
  • L’Agence de l’Eau Seine-Normandie

 

Où se renseigner ?